Et si toutes les juridictions intéressées refusaient d’entendre Mr RUDASINGWA?

Publié le par Marie Madeleine BICAMUMPAKA

attentat 6avril 2

L'épave de l'avion du président Habyarimana

La question est bel et bien posée : «Et si toutes les juridictions intéressées refusaient d’entendre Monsieur Théogène RUDASINGWA en tant que témoin-clé ?»

 

Il y a moins d’une semaine, cet ex-bras droit du président KAGAME a dit être prêt à donner  plus de précisions à propos des confidences que son ex-patron lui a faites sur l’assassinat des présidents HABYARIMANA, NTARYAMIRA et les membres de leurs délégations, qui rentraient de Dar-es-Salaam à Kigali  dans la nuit du 06 avril 1994.

Il aimerait, et même, il exige d’être entendu dans les plus brefs délaispar le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, par le Juge français, Monsieur Trévidic qui en replacement de Monsieur Bruguière a poursuivi l’instruction du dossier concernant cet assassinat, et par  la justice espagnole qui elle aussi a engagé une procédure judiciaire et émis des mandats d’arrêts en rapport avec l’attentat qui a coûté la vie à toutes ces personnes.

 

Mis à part les mandats d’arrêt émis par le Rwanda après une parodie de justice plus que rocambolesque, Monsieur RUDASINGWA n’est concerné par aucun mandat d’arrêt venant du TPIR, de la justice française ou espagnole. Ainsi donc, si l’on veut bien croire en ce que le Général NYAMWASA répond à ceux qui lui reprochent son silence à propos des massacres des civils qui ont eu lieu au Rwanda dans lesquels ils serait impliqué, soi-disant qu’il ne peut rien dire maintenant parce qu’il a un dossier judiciaire en cours, et qu’il s’expliquera le moment venu; en attendant, ce collègue à lui pourrait apporter sa contribution. Même si mieux vaut tard que jamais, et on dit qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, tout de même l’on peut se demander pourquoi Monsieur RUDASINGWA  a attendu aussi longtemps avant de déclarer qu’il est prêt à témoigner.

Pour ce qui est du TPIR, vu la façon dont les procès sont menés, mais surtout étant donné l’emprise que le pouvoir de Kigali a sur cette juridiction, l’on peut douter très fort que l’on accepte de l’écouter, et ce, d’autant plus que le dossier concernant l’assassinat du président HABYARIMANA a été mis de côté pour des raisons purement de « politique politicienne » de la part d’une institution qui devrait être bien plus qu’apolitique. L’on se souviendra que l’une des raisons pour lesquelles l’ex-procureur du TPIR, Madame Carla Del Ponte a été écartée de ce poste est qu’elle voulait enquêter sur les crimes commis par le FPR et bien entendu aussi sur l’abattement de l’avion de l’ex-président rwandais.

Quant à la justice française, certaines sources que l’on peut qualifier de sûres affirment que le juge TREVIDIC a déjà bouclé son rapport, et que dès lors il ne peut recueillir d’autres témoignages. Ainsi donc, ce serait une fois de plus pour des raisons purement politiques que ce rapport déjà finalisé ne sort toujours pas. Le malheur des rwandais - partout où ils se trouvent, qui ont faim d’une vraie justice équitable en rapport avec les événements qui ont eu lieu au Rwanda d’octobre 1990 à aujourd’hui, c’est que la politique y est trop mêlée. Et tant que cette déficience sera toujours là, l’issue sera très souvent biaisée, décalée par rapport à la vérité.

Mais alors, à qui Monsieur RUDASINGWA pourrait-il se retourner ? A la justice espagnole ? Peut-être. Même si de ce côté-là aussi l’on ne  peut douter que la politique y fait son amalgame, on y trouve malgré tout une société civile très vigilante qui veille et qui peut jouer au garde-fou. En effet, c’est grâce à elle qu’à la dernière minute le premier ministre ZAPATERO a refusé de recevoir monsieur KAGAME l’an dernier. Que cette rencontre ait pu avoir lieu, cela aurait été très normal, car il s’agit ici d’une rencontre de deux autorités politiques qui, bien qu’étrangères l’une à l’autre, ils oeuvrent dans ce monde mondialisé devenu un grand village commun pour nous tous. Toutefois, le moment était mal venu, et vu les mandats d’arrêt émis par la justice espagnole, cette société civile ne pouvait tolérer que le président rwandais, lui-même inculpé puisse user de cette même « politique » pour peut-être influer sur la progression du dossier judiciaire en cours.

Mais si vraiment Monsieur RUDASINGWA veut donner son témoignage à tout prix, qu’il est très déterminé à le faire, il trouvera bien le moyen de contourner tous ces handicaps. Vouloir c’est pouvoir. A l’écouter, on constate que son discours a un trait académique qui capte l’attention, il pourrait aussi porter tout sur écrit ! Ou alors faudra-t-il par exemple porter plainte contre les juridictions française et espagnole auprès de la Court Européenne des Droits de l’Homme pour n’avoir pas voulu écouter un témoin-clé dans un dossier d’une gravité aussi démesurée, où il est question de tant de morts, y compris les ressortissants de leurs pays ! Cela n’étonnerait personne que là aussi Monsieur RUDASINGWA soit débouté ! Le vrai malheur des rwandais affamés d’une vraie justice par rapport à tous ces tragiques événements, c’est cette « politique » qui s’y mêle à tous les niveaux, pour soi-disant se conformer à la realpolitik tant injuste qu’impitoyable. Mais ne baissons pas les bras, que Madame INGABIRE UMUHOZA Victoire nous serve d’exemple.


Marie Madeleine BICAMUMPAKA

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