Claes-Habyarimana vs Rice-Kagame

Publié le par Marie Madeleine BICAMUMPAKA

sr_pk.jpg La demande d’ouverture politique de l’ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unis, Madame Susan RICE à Monsieur KAGAME, et le «minuit moins cinq» de l’ex-ministre des affaires étrangères belge Monsieur Willy CLAES au président HABYARIMANA en février 1994.

Ces derniers jours beaucoup d’encre a coulé à propos du discours prononcé par Madame Susan Rice à Kigali au cours de la visite qu’elle y a effectuée il y a une semaine. Après avoir félicité le régime pour le progrès économique observable à Kigali, elle a aussi exprimé sa remarque, certes dans des termes plus diplomatiques que ceux de Monsieur Willy CLAES en 1994. Elle a insisté sur le fait qu’au Rwanda l’espace politique est hermétiquement fermé à l’opposition. Les rwandais appartenant aux autres formations politiques qui ne cherchent pas à caresser dans le sens du poil subissent des harcèlements de la part du pouvoir de KAGAME et de son FPR. Ils sont l'objet de menaces de toutes sortes : la torture, les disparitions, les assassinats, les emprisonnements, les empoisonnements…, la liste est longue à tel point que, mis à part peut-être l’URSS à l’ère du stalinisme, aucun autre dictateur des temps modernes n’était autant passé maître en la matière. Les agissements de ce pouvoir détenu par un seul homme, rappellent ceux d’un autre sanguinaire qui a sévi en Europe il y a plusieurs siècles, l’empereur romain NERON. Par exemple, un jour, ce vicieux sadique n’avait pas hésité à incendier toute la ville de Rome, pour après, d’une façon très démoniaque faire porter le chapeau à de pauvres innocents chrétiens. N’y a-t-il pas de comparaison à faire par rapport à ce qui s’est passé au Rwanda ? On assassine les présidents rwandais et burundais ; on programme le génocide qui suivra l’assassinat du président HABYARIMANA tout en faisant participer activement et très malignement les membres de la rébellion aux tueries, on creuse à l’avance les fosses communes où seront entassés tous les morts consécutifs à cet acte criminel…, mais à qui fait-on porter le chapeau ? Comprendra qui voudra.

wc jhQuoi qu’il en soit, les troubadours du régime pourront toujours continuer à s’y prendre de la même façon par mensonges, omissions, jeux de mots ou autres astuces, il n’en reste pas moins que le message de la personne qui a envoyé Madame RICE à Kigali a bel et bien été transmis, qu’il est très clair, car très conforme à la réalité la plus criante. En janvier 1994, Monsieur Willy CLAES lui n’a pas été diplomate, car il a carrément menacé le président HABYARIMANA lorsqu’il lui disait qu’il était «minuit moins cinq». En effet, l’on peut se poser la question : il était minuit moins cinq par rapport à quoi ? Certains peuvent très facilement interpréter cela comme un avertissement lié au prochain assassinat du président HABYARIMANA et des conséquences très prévisibles qui allaient en découler. Ainsi Monsieur Willy CLAES aurait-il été au courant ? Quant à d’autres plus nuancés et moins passionnés, ils diront que c’était une pression sur Monsieur HABYARIMANA afin qu’il s’implique plus dans le processus d’installation du Gouvernement de Transition à Base Elargie que devait présider Monsieur TWAGIRAMUNGU Faustin. L’on sait comment ce dernier avait été beaucoup habile en micmacs que Monsieur NSENGIYAREMYE, parvenant à subtiliser ce poste que les deux hommes politiques du MDR se disputaient, et ce, grâce à la complicité de ses amis du FPR qu’il appuyait sans réserve depuis bien longtemps.

Mais que pouvait donc faire réellement le malheureux président HABYARIMANA assailli de tout côté, et dont pratiquement le pouvoir n’était plus que protocolaire. Attaqué sans relâche tant au niveau national qu’international, il ne savait plus où mettre son pied, et son autorité était tombée dans le néant. En guise d’exemple, un jour où les services de la présidence ont sollicité une équipe de la TVR pour aller y faire un reportage car le président recevait une délégation importante, Madame Agathe UWIRINGIYIMANA a téléphoné à la télévision – ORINFOR pour interdire cela, et c’est plutôt chez elle que l’équipe s’est rendu. Une autre illustration de ce désordre politique : au cours de cette même période, deux autres journalistes de la télévision ont été suspendus de leurs fonctions pendant 90 jours sur ordre de TWAGIRAMUNGU et UWIRINGIYIMANA, parce que les intervenants dans une émission télédiffusée ne leurs convenaient pas, car n’étant pas de leur mouvance.

En conclusion, la seule différence entre les remarques du ministre CLAES au président HABYARIMANA et celles de l’ambassadrice RICE à KAGAME c’est qu’à l’époque le pays était en guerre, et que, contrairement au premier qui avait presque perdu tout son pouvoir, Monsieur KAGAME lui le détient toujours en entier dans ses seules mains. Mais cela ne veut pas dire pour autant que rien ne peut le lui faire quitter. Qui aurait pensé que les populations civiles puissent monter sur les chars russes prêts à les massacrer dans les rues de Moscou, faisant fi de la faculté de nuisance des réseaux du puissant KGB-(DMI), de celle des milices-(local defence) qui sévissaient sur tout le territoire et ainsi provoquer la chute spectaculaire d’un des régimes qu’on disait des plus puissants du monde ? La population en avait plus qu’assez depuis des années, elle subissait dans le silence total, courbant l’échine dans sa résignation, tout en attendant que le bon moment arrive. Il a suffi qu’un signal, un indice se manifeste et c’était parti ! Comme on dit chez nous «inkono ihira igihe». La concordance des faits et d’événements d’ordre politico-judiciaire tant au niveau national qu’international, en rapport avec le Rwanda laisse comprendre que ce moment est proche. Il revient aux politiciens de la vraie opposition de s’y préparer avec le sérieux qu’exige l’ampleur du désastre toujours en cours depuis plus de 17 ans maintenant, et qu’il faudra combler.

Pour ceux qui cherchent à saisir les dessous de la perfidie du jeu politique, dont les acteurs sont les hommes et femmes que nous connaissons ou avons connus, lisez cet extrait du livre de Monsieur Roger BOOH BOOH qui représentait le secrétaire général de l’ONU Monsieur BOUTROS GALI à Kigali pendant cette période de grandes turbulences. Ambiance…

 

A sa table de travail, le président était entouré de son staff civil et militaire ainsi que de ses amis politiques du MRND. Mme Agathe Uwilingiyimana, Première Ministre, est venue avec les membres de son cabinet qui représentaient ainsi les partis de la coalition gouvernementale. Monsieur Patrick Mazimpaka, premier vice-président du FPR, dirigeait une importante délégation de son parti. Comme invités étrangers, on notait la présence de l’Ambassadeur de Tanzanie qui représentait le facilitateur, puis le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU que j’étais…
D’entrée de jeu, le président Habyarimana a engagé une vive polémique avec sa Première Ministre Agathe Uwilingiyimana qu’il accusait d’avoir fait échouer les cérémonies de prestation de serment des députés et des ministres le 5 janvier. Il a prétendu que pendant qu’il recherchait une solution de compromis au sein du parti libéral et du MDR, la Première Ministre avait rendu publique une liste de députés controversée et unilatérale qui a failli provoquer des incidents graves au palais du CND.
Visiblement blessée dans son amour propre, madame la Première Ministre a interpellé sans management le chef de l’Etat, le traitant de fourbe qui cherchait à faire échouer l’accord de paix d’Arusha qu’il n’a pas hésité à appeler quelque part «chiffon de papier».
Prenant le représentant spécial et l’ambassadeur de Tanzanie à témoins, madame la Première Ministre, très indignée, a déclarée que «les Rwandais sont des menteurs et que cela fait partie de leur culture. Dès le jeune âge on leur apprend à ne pas dire la vérité surtout si cela peut leur nuire», et a conclu que «le premier menteur du pays c’est Habyarimana», qu’elle a pointé du doigt.
(Booh Booh, pp. 80-81)

 

Marie Madeleine BICAMUMPAKA


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